Conseils pratiques

Les petits trains régionaux, une autre façon de traverser un pays

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La première fois que j’ai vraiment pris le temps d’un petit train régional sans destination précise en tête, c’était en Ardèche, un dimanche où je n’avais rien de mieux à faire que regarder le paysage changer par la fenêtre. Le train roulait à une vitesse qu’on pourrait qualifier de raisonnable, s’arrêtait dans des gares minuscules où personne ne montait ni ne descendait, et le contrôleur a fini par s’asseoir à côté de moi pour m’expliquer, sans que je lui demande rien, l’histoire de la ligne et pourquoi elle avait failli fermer dans les années quatre-vingt-dix. Depuis ce jour, je regarde les cartes ferroviaires différemment : je cherche les traits fins qui relient les petites villes, pas seulement les grandes lignes épaisses entre les capitales.

Pourquoi délaisser un peu les grandes lignes

Les trains à grande vitesse font ce qu’on leur demande admirablement bien : relier deux pôles majeurs le plus vite possible. Mais cette vitesse a un coût narratif. On traverse un pays sans vraiment le voir, tunnel après tunnel, ligne droite après ligne droite. Les trains régionaux, eux, suivent souvent le relief plutôt que de le contourner. Ils longent une rivière, contournent une colline, traversent un village au ralenti juste assez longtemps pour qu’on aperçoive le clocher et le boulanger qui sort son pain. C’est un rythme différent, plus proche de celui d’une carte postale animée que d’un trajet strictement fonctionnel.

Il y a aussi une question de rencontre. Dans un TGV plein de voyageurs d’affaires ou de familles pressées, les échanges restent rares. Dans un train régional à deux wagons, avec parfois une dizaine de passagers seulement, la conversation se noue plus facilement : une grand-mère qui rentre chez elle avec ses courses, un lycéen qui revient d’un stage, un randonneur qui descend à l’arrêt suivant pour rejoindre un sentier. On apprend souvent plus sur une région en une heure de train régional qu’en une semaine de visites guidées.

Sur une ligne du Massif central, un contrôleur m’a un jour indiqué, sans que je le lui demande, à quel arrêt descendre pour rejoindre à pied une cascade que je ne trouvais dans aucun guide. Ce genre d’échange n’existe pratiquement pas sur une grande ligne où l’on croise à peine le personnel de bord entre deux annonces automatiques.

Les contraintes réelles à anticiper

Je serais malhonnête si je présentais cela comme une solution sans défauts. Les lignes régionales ont des fréquences beaucoup plus faibles que les grandes lignes, parfois seulement quatre ou cinq trains par jour, voire moins le week-end. Rater le bon horaire peut signifier attendre plusieurs heures, ou devoir improviser un autre moyen de transport. Certaines lignes ferment aussi temporairement pour travaux, sans toujours une communication très visible auprès des voyageurs étrangers.

  • Vérifiez les horaires plusieurs jours à l’avance et de nouveau la veille, car les petites lignes sont plus sujettes aux modifications de dernier moment.
  • N’attendez pas de wifi ni de voiture-bar : emportez de quoi grignoter et de quoi lire ou écouter, surtout sur les trajets de plus d’une heure.
  • Prévoyez une marge de sécurité si vous devez attraper une correspondance ensuite, car les retards, même courts, ne sont pas rares sur les lignes à voie unique.
  • Renseignez-vous sur les cartes ou abonnements régionaux, qui reviennent souvent moins cher que des billets à l’unité si vous enchaînez plusieurs trajets dans la même région.
  • Gardez toujours en tête l’horaire du dernier train du soir dans le sens du retour, il est parfois bien plus tôt qu’on ne l’imagine sur les lignes secondaires.

Choisir sa place et son moment

Sur ces lignes, le choix du siège compte davantage que sur une grande ligne. Je prends presque toujours côté fenêtre, et je regarde en amont de quel côté du train se trouve la vue la plus intéressante, rivière, vallée ou littoral selon le trajet. Sur certaines lignes de montagne, un côté du wagon offre un panorama et l’autre un simple talus, la différence vaut la peine d’être anticipée avec une carte.

Le moment de la journée compte aussi. Les trains du milieu de matinée ou du début d’après-midi sont généralement plus calmes que ceux qui encadrent les horaires de travail ou d’école, ce qui laisse plus de place pour s’installer et profiter du trajet sans la cohue des trajets domicile-travail. J’évite autant que possible les tout premiers ou tout derniers trains de la journée, souvent bondés d’habitués pressés qui n’ont ni le temps ni l’envie d’échanger avec un visiteur.

Construire un itinéraire autour des petites lignes

Plutôt que de considérer le train régional comme un simple moyen de rejoindre un point B, j’essaie parfois de construire une partie du voyage autour de la ligne elle-même. Certaines lignes secondaires européennes sont réputées pour leur tracé pittoresque, et il existe des cartes et des récits de voyageurs qui recensent ces parcours. Dans ce cas, le trajet devient une étape à part entière de l’itinéraire, au même titre qu’une visite de musée ou une randonnée, et non plus un simple déplacement à subir entre deux étapes plus intéressantes.

Je garde aussi l’habitude de descendre à un arrêt intermédiaire qui n’était pas prévu, quand l’horaire le permet et qu’un autre train suit dans un délai raisonnable. C’est ainsi que j’ai découvert un petit marché de producteurs dans une gare dont je ne connaissais même pas le nom la veille, simplement parce que le train s’y arrêtait vingt minutes et que j’ai décidé de sortir voir ce qu’il y avait autour. Ce genre de détour improvisé ne fonctionne bien sûr que si l’on a vérifié à l’avance qu’un train suivant existe bel et bien, faute de quoi la curiosité peut coûter une soirée entière d’attente.

Une autre vitesse de découverte

Prendre les petits trains régionaux demande d’accepter de perdre du temps au sens strict du terme, pour en gagner autrement. On voit plus, on rencontre davantage, on ressent mieux la transition entre deux paysages ou deux cultures locales. Ce n’est pas toujours le choix le plus pratique, surtout quand le temps de voyage est compté, mais c’est souvent le choix le plus juste pour qui veut vraiment traverser un pays plutôt que simplement le survoler depuis une fenêtre qui défile trop vite pour qu’on retienne quoi que ce soit.

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