Conseils pratiques

Faire sa valise pour dix jours de train a travers l’Europe

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J’ai longtemps voyage avec une valise cabine bien trop lourde, convaincue qu’il fallait un vetement pour chaque occasion possible. C’est en changeant de train a Zurich, avec quarante minutes pour traverser la gare et un escalier sans ascenseur visible, que j’ai compris qu’il fallait revoir ma methode. Depuis, je prepare mes bagages comme je prepare un numero de magazine: en pensant a l’ensemble avant de penser au detail.

Penser en garde-robe, pas en journees

La premiere erreur, c’est de compter les jours et de multiplier par une tenue par jour. Un sejour de dix jours ne demande pas dix tenues differentes. Il demande une palette restreinte de pieces qui se combinent entre elles: deux pantalons, une jupe, quatre hauts, un pull et une veste suffisent largement si les couleurs se marient. Je choisis toujours une base de tons neutres, gris, marine, camel, et j’ajoute une ou deux couleurs plus vives pour les photos et pour le moral, une echarpe rouge ou un foulard imprime qui change l’allure d’une tenue sobre en dix secondes.

Ce principe m’a ete utile lors d’un trajet qui reliait Paris a Trieste avec des arrets a Milan et a Venise. J’avais prevu une seule paire de chaussures fermees, confortables pour marcher sur les pierres irregulieres des ruelles venitiennes, et une paire de sandales legeres pour le soir. Rien de plus. Le reste du sac etait occupe par des vetements que je pouvais superposer selon la temperature, ce qui compte enormement quand on passe d’un wagon climatise a un quai en plein soleil puis a une chambre d’hote mal chauffee.

Le format qui compte plus que le poids

Pour un voyage en train, le format du bagage importe presque plus que son poids. Une valise rigide a roulettes, tres pratique dans un aeroport avec ses longs couloirs plats, devient un fardeau dans les gares europeennes ou les quais sont parfois surbaisses, ou les escaliers ne sont pas tous equipes de rampes, et ou il faut parfois courir pour attraper une correspondance annoncee au dernier moment sur un tableau d’affichage. Je recommande un sac a dos de voyage ou une valise souple portee en bandouliere, qui laisse les mains libres et se glisse plus facilement dans les porte-bagages suspendus au-dessus des sieges.

Je me souviens d’un changement a la gare de Lyon-Part-Dieu ou le quai de correspondance avait change sans prevenir, et ou il a fallu descendre puis remonter un escalier bonde en moins de sept minutes. Une valise a roulettes cabossait les mollets de tout le monde autour de moi. Mon sac a dos, lui, se portait au corps et me laissait meme grimper les marches deux par deux.

Les objets qu’on oublie et qui changent tout

Il y a des objets modestes qui font une reelle difference sur un long trajet ferroviaire. Un adaptateur multiprise avec plusieurs sorties USB, parce que les prises dans les trains sont rares et tres disputees entre voyageurs. Une petite bouteille reutilisable, que l’on remplit aux fontaines des gares plutot que d’acheter de l’eau en bouteille a chaque arret. Un carnet et un stylo, pour noter les noms des lieux recommandes par une personne assise a cote de vous, ce genre de conversation qui survient souvent sur les longs trajets et qui vaut plus que n’importe quel guide.

J’ajoute toujours un chale fin, presque une couverture legere, car la climatisation des trains a grande vitesse est parfois glaciale alors meme que dehors on traverse une campagne ecrasee de soleil. Ce chale sert aussi de coussin improvise contre la vitre, pour les trajets de nuit ou les siestes qui s’imposent apres une matinee de visites.

Trier avant de partir, pas pendant le voyage

Je pose toujours mes vetements sur le lit, deux jours avant de partir, et je retire un tiers de ce que j’avais initialement prevu. C’est un exercice presque rituel: on croit avoir besoin de tout, puis en regardant l’ensemble etale, on realise que deux pulls font double emploi, qu’une paire de chaussures ne sert a rien sur ce type de terrain, qu’un livre epais peut etre remplace par une liseuse. Ce tri en amont evite d’avoir a le faire dans une chambre exigue a Bologne, a une heure du depart, en essayant de refermer une valise qui deborde.

Une valise reussie n’est pas celle qui contient le plus de choses, c’est celle qu’on oublie completement en marchant vers le quai.

Prevoir un sac de reserve, plat et discret

Enfin, je glisse toujours un sac pliable, tres fin, au fond de mon bagage principal. Il ne pese rien et ne prend pratiquement pas de place, mais il devient indispensable des qu’on revient d’un marche avec du fromage, une bouteille de vin trouvee chez un producteur, ou simplement des vetements sales a separer du reste. Lors d’un arret a Aix-en-Provence, ce sac m’a permis de rapporter des savons et une nappe achetee sur un etal sans avoir a rouvrir toute la valise pour reorganiser l’espace.

Voyager leger en train, ce n’est pas une contrainte esthetique, c’est une maniere de rester disponible: disponible pour courir a une correspondance, pour changer de plan si une ville plait plus que prevu, pour monter dans un train bonde sans bloquer le couloir avec un bagage impossible a soulever. La valise ideale, pour moi, tient dans un porte-bagage, se ferme en un geste, et laisse toute la place mentale pour regarder le paysage plutot que pour s’inquieter du poids qu’on traine.

Adapter la trousse de toilette au format cabine

La trousse de toilette merite le meme traitement que la garde-robe. J’ai longtemps transporte des flacons entiers, achetes en pharmacie, qui occupaient a eux seuls un tiers de mon bagage. Depuis quelques annees, je transvase les produits essentiels dans de petits contenants reutilisables, et je remplace tout ce qui peut l’etre par un format solide: un shampoing en pain plutot qu’en bouteille, un dentifrice en pastilles plutot qu’en tube. Ces formats solides resistent bien mieux aux changements de pression et de temperature qu’on rencontre en traversant plusieurs pays en une meme journee, et ils suppriment le risque classique du flacon qui fuit sur un pull propre au fond du sac.

Je limite aussi le nombre de produits de soin a l’essentiel: une creme hydratante qui sert pour le visage et pour les mains, un baume qui traite aussi bien les levres gercees que les petites coupures. Cette simplification n’est pas une privation, c’est plutot une maniere de liberer de l’espace pour ce qui compte vraiment pendant le voyage, comme la place laissee libre pour un livre trouve dans une librairie de quartier a Lyon ou pour un tissu achete sur un marche.

Repartir le poids entre les bagages du foyer

Lorsque je voyage a deux, je repartis systematiquement le poids entre les deux sacs plutot que de remplir un bagage principal et de laisser l’autre presque vide. Cette repartition permet, en cas de probleme avec une valise, en cas de fermeture eclair cassee ou de sac trop abime pour continuer le trajet, de ne pas se retrouver avec l’ensemble des affaires dans un seul contenant fragilise. Elle permet aussi de repartir les vetements chauds et les vetements legers entre les deux sacs, ce qui evite qu’une seule personne porte tout le poids des couches supplementaires necessaires pour les etapes en altitude.

Cette methode s’est revelee utile lors d’un trajet reliant Grenoble a Chamonix, ou la poignee d’une valise avait fini par ceder apres plusieurs jours de manutention sur des quais irreguliers. Comme les affaires etaient reparties entre deux sacs, il a suffi de transferer le contenu vers un sac de secours achete rapidement dans un magasin de sport local, sans avoir a improviser une solution pour l’ensemble des bagages du sejour.

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