Itinéraires

Cinq jours entre Lyon et les villages du Beaujolais

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Je descends toujours du train a Lyon Part-Dieu avec le meme reflexe, chercher la Presqu’ile a pied plutot que de sauter dans un taxi. C’est une demi-heure de marche qui sert d’entree en matiere, les quais du Rhone, puis ceux de la Saone, et cette sensation que Lyon se lit comme un livre a deux colonnes. J’ai construit cet itineraire de cinq jours parce que la ville seule ne suffit pas a raconter la region, et que le Beaujolais, souvent reduit a son vin nouveau de novembre, merite une visite en toute saison.

Jours 1 et 2 : Lyon comme camp de base

Je pose mes valises dans le Vieux Lyon, cote colline de Fourviere, pour deux nuits. Le choix n’est pas anodin : c’est le seul quartier ou les traboules, ces passages entre cours interieures, se traversent encore librement le matin. J’en emprunte une depuis la rue Saint-Jean jusqu’a la montee des Chazeaux sans prevenir personne, et je tombe sur une cour ou seche du linge entre deux facades du seizieme siecle. Aucun panneau ne l’annonce, et c’est bien la l’idee.

Le lendemain, je consacre la matinee aux Halles de Lyon Paul Bocuse, non pas pour y dejeuner en vitesse mais pour observer le rituel des habitues : le boucher qui garde une piece de viande sous le comptoir pour un client fidele, le fromager qui tranche un saint-marcellin a la demande. J’y achete de quoi pique-niquer plus tard dans la semaine, du saucisson et une brioche aux pralines, en pensant deja au Beaujolais.

Le soir, direction un bouchon dans le quartier de la Croix-Rousse plutot que dans le centre touristique. La patronne me sert une quenelle sans me demander mon avis, ce qui, avec le recul, etait la bonne decision.

Jour 3 : le saut vers le Beaujolais

Je prends le TER depuis Lyon Part-Dieu jusqu’a Villefranche-sur-Saone, un trajet d’a peine trente minutes qui change pourtant completement de decor. De la, je loue une voiture pour trois jours, la region se pretant mal aux transports en commun une fois qu’on s’eloigne des grandes lignes. Premiere etape, le village de Oingt, classe parmi les plus beaux villages de France, construit en pierres dorees qui prennent une teinte miel des que le soleil de fin d’apres-midi les touche. Je grimpe jusqu’au donjon pour la vue sur les coteaux, et je m’arrete acheter un pot de miel local aupres d’un producteur installe pres de l’eglise.

Je dors cette nuit-la dans une chambre d’hotes tenue par un couple de vignerons a la retraite, pres du village de Ville-sur-Jarnioux. La maison sent la cire d’abeille et le bois de chauffage, meme en ete, et la table d’hote du soir se resume a une soupe, du fromage de chevre et une carafe de leur propre vin, sans etiquette ni ceremonie.

Le vin d’ici, on ne le vend pas, on le raconte d’abord. Si vous n’avez pas le temps d’ecouter l’histoire, prenez plutot une bouteille au supermarche.

Cette phrase de mon hote, lancee entre deux services, resume assez bien l’esprit du Beaujolais loin des foires au vin nouveau.

Jour 4 : Fleurie, Chiroubles et les crus

Je remonte vers le nord du vignoble pour traverser Fleurie et Chiroubles, deux des dix crus du Beaujolais, separes par a peine quelques kilometres de routes en lacets. A Fleurie, je m’arrete dans une cave cooperative plutot que chez un producteur individuel, pour gouter plusieurs parcelles cote a cote et comprendre ce qui distingue un coteau expose sud d’un autre expose est. J’avais prevu de dejeuner a Chiroubles meme, mais le seul restaurant du village etait ferme ce jour-la sans que rien ne l’indique en ligne, ce qui m’a appris a toujours avoir un plan B glisse dans le sac, en l’occurrence le pique-nique achete aux Halles deux jours plus tot.

L’apres-midi, je monte au sommet du Mont Brouilly, moins pour le vin que pour le panorama qui s’ouvre sur toute la plaine de la Saone jusqu’aux premiers contreforts des Alpes par temps clair. Peu de visiteurs font l’effort de la montee a pied depuis la chapelle, ce qui rend le sommet presque silencieux en milieu de semaine.

Jour 5 : le marche de Beaujeu et le retour

Dernier arret avant de rendre la voiture, le marche du samedi matin a Beaujeu, la capitale historique du Beaujolais bien plus modeste que son nom ne le laisse penser. Les etals melangent producteurs de vin, marchands de volailles fermieres et un stand de couteaux artisanaux tenu par un homme qui affute les lames sur demande devant vous. Je rentre a Villefranche-sur-Saone a temps pour attraper le TER de fin de matinee vers Lyon, avec dans le coffre une caisse de six bouteilles qui ne survivra sans doute pas au mois suivant.

Comment organiser ce parcours

  • Deux nuits a Lyon suffisent si vous acceptez de sacrifier un musee pour gagner du temps dans les traboules et les Halles.
  • Louez la voiture directement a Villefranche-sur-Saone plutot qu’a Lyon, cela evite de payer un parking en ville pour rien.
  • Reservez la chambre d’hotes en Beaujolais au moins une semaine a l’avance, ce sont souvent des maisons avec deux ou trois chambres seulement.
  • Gardez toujours de quoi grignoter dans la voiture, les horaires des petits restaurants de village restent imprevisibles.

Variantes selon la saison

J’ai refait une version raccourcie de ce meme parcours en fevrier, hors saison, et le contraste vaut la peine d’etre mentionne. Les vignes taillees courtes laissent voir la structure des coteaux d’une facon que l’ete masque completement sous le feuillage. Les caves, moins sollicitees, prennent aussi davantage de temps pour expliquer une degustation, et certains vignerons proposent volontiers de visiter le chai plutot que de se contenter du comptoir. En revanche, plusieurs chambres d’hotes ferment entre janvier et mars pour cause de conges, ce qui reduit le choix d’hebergement et demande de reserver plus tot que d’habitude.

En pleine saison des vendanges, fin septembre, l’ambiance change du tout au tout : les villages se remplissent de vendangeurs venus parfois de loin, les cooperatives tournent a plein regime des l’aube, et il devient difficile de trouver une table sans reservation le soir. C’est une periode fascinante a observer mais moins propice a la flanerie tranquille que j’ai decrite plus haut.

Ou loger si Lyon meme ne convient pas

Pour les voyageurs qui prefereraient eviter la ville et dormir directement dans le vignoble des le premier soir, il existe une alternative : prendre le train directement de la gare de depart jusqu’a Villefranche-sur-Saone, y louer la voiture des l’arrivee, et reserver Lyon pour la toute derniere nuit avant le retour. Cette version inverse le parcours mais garde la meme logique, avec l’avantage de profiter du calme des villages en debut de sejour, quand l’energie du voyage est encore intacte, et de reserver la densite urbaine de Lyon pour la fin, en guise de transition avant le retour.

Ce que je retiens de ce parcours, c’est le contraste entre le rythme urbain de Lyon, dense et gourmand, et la lenteur presque volontaire des villages du Beaujolais, ou une conversation avec un vigneron peut facilement remplacer une visite guidee.

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