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J’ai loué une petite voiture à Lannion un matin de vent, direction la Côte de Granit Rose, pour trois jours à suivre le littoral vers l’ouest. On m’avait prévenu que la Bretagne nord n’a rien à voir avec la douceur du sud de la région, et dès les premiers kilomètres j’ai compris pourquoi : le ciel changeait toutes les vingt minutes, passant d’un bleu franc à des nuages bas chargés de pluie, sans jamais vraiment s’installer dans un état. C’est cette instabilité, plus que les rochers roses eux-mêmes, qui donne à cet itinéraire son caractère si particulier.
Jour 1 : Perros-Guirec et le sentier des douaniers
Perros-Guirec sert de point de départ logique à ce road trip, avec son port de plaisance et sa plage de Trestraou d’où partent la plupart des randonnées côtières. J’ai emprunté le sentier des douaniers vers Ploumanac’h, une marche d’environ deux heures qui longe des formations de granit rose sculptées par l’érosion en formes improbables, certaines évoquant un chapeau, d’autres un poing fermé. Les habitants locaux appellent l’une d’elles la tortue et une autre le sabot, des surnoms qui se transmettent visiblement de génération en génération sans qu’aucun panneau officiel ne les mentionne.
Le phare de Ploumanac’h, en granit rose lui aussi, marque une bonne étape pour une pause avant de poursuivre vers l’oratoire Saint-Guirec, une petite chapelle nichée entre deux rochers accessible seulement à marée basse. J’y suis arrivé au mauvais moment, la mer ayant déjà recouvert le passage, et j’ai dû attendre près d’une heure sur la plage en discutant avec un pêcheur à pied qui ramassait des coques avec une patience que je n’aurais pas eue sans cette attente forcée.
À prévoir pour cette étape
- Vérifier les horaires de marée avant de partir, plusieurs passages ne sont accessibles qu’à marée basse
- Prévoir une veste imperméable même par ciel dégagé le matin
- Garder du temps pour s’arrêter sans itinéraire fixe, les criques les plus mémorables ne sont pas toujours signalées
Jour 2 : Trégastel et l’île Renote
Le lendemain, j’ai poussé jusqu’à Trégastel, à une quinzaine de minutes de route seulement mais avec une ambiance sensiblement différente. L’île Renote, reliée à la terre par un cordon de sable, permet une boucle de randonnée d’environ une heure et demie parmi des amas de granit encore plus spectaculaires qu’à Ploumanac’h, certains dépassant les dix mètres de hauteur. J’ai croisé très peu de monde ce jour-là, un mercredi hors saison, et j’ai eu l’impression, en grimpant sur l’un des blocs les plus hauts pour observer la mer d’Iroise au loin, de comprendre enfin pourquoi les Bretons du coin restent si attachés à ce paysage malgré la fréquentation touristique croissante.
Dans le village, un aquarium marin installé dans les rochers eux-mêmes propose un parcours original pour découvrir la faune locale, mais j’ai préféré m’attarder sur la plage du Coz Pors, plus tranquille, où j’ai partagé un café avec un couple de retraités installés dans la région depuis quarante ans. Ils m’ont expliqué que le rose des rochers, dû à la présence de feldspath dans le granit, s’intensifie particulièrement au coucher du soleil, un phénomène que je n’ai malheureusement pas pu observer ce soir-là à cause d’une brume tenace venue de la mer.
Jour 3 : vers l’île de Bréhat
Pour la dernière journée, j’ai laissé la voiture à Pointe de l’Arcouest, à une trentaine de minutes de Trégastel, pour prendre la vedette vers l’île de Bréhat. L’île, interdite aux voitures particulières, se parcourt entièrement à pied ou à vélo en une journée, entre criques abritées et jardins où poussent des plantes méditerranéennes grâce à un microclimat étonnamment doux pour cette latitude. J’ai loué un vélo au débarcadère et suivi la côte nord, plus sauvage que la partie sud plus habitée, jusqu’au phare du Paon dont les rochers environnants affichent un rose encore plus soutenu que sur le continent.
Un habitant de l’île, croisé alors qu’il réparait son bateau, m’a raconté que la population permanente ne dépassait plus quatre cents habitants, contre plusieurs milliers l’été, et que l’absence de voitures restait pour lui la principale raison de son attachement à ce bout de terre. J’ai repris la dernière vedette du soir, un peu à regret, avec l’impression d’avoir manqué au moins une demi-journée pour explorer les jardins du sud de l’île que je n’avais fait qu’apercevoir.
Une halte possible : Lannion et Tréguier
Avant de reprendre la route, ou en cas de mauvais temps prolongé, Lannion mérite une matinée à elle seule. La ville, construite en partie sur des collines abruptes, mêle maisons à pans de bois du centre historique et halles couvertes où j’ai acheté un far breton encore chaud à un boulanger qui semblait connaître tous ses clients par leur prénom. J’ai poussé jusqu’à Tréguier, un peu plus à l’est, pour visiter sa cathédrale gothique et flâner le long du port fluvial où quelques voiliers restaient amarrés en attendant la marée. Un guide bénévole de la cathédrale, croisé par hasard, m’a raconté l’histoire de saint Yves, patron des avocats et des gens de justice, avec une précision qui trahissait des années de passion pour ce patrimoine local plutôt qu’un simple discours appris pour les visiteurs.
Ce détour, d’environ deux heures aller-retour depuis Trégastel, permet de mieux comprendre l’arrière-pays qui entoure la côte, souvent négligé au profit du seul littoral. J’ai remarqué que la lumière, une fois éloignée de la mer, prenait une teinte plus terne, presque grise, qui contrastait fortement avec les rochers roses laissés quelques kilomètres plus tôt, un rappel que cette région doit beaucoup de son identité visuelle à la seule proximité de l’océan.
Se déplacer et s’organiser sur place
La voiture reste, à mon sens, le moyen le plus pratique pour relier les différentes étapes de ce parcours, les liaisons en bus régional restant limitées hors saison estivale. Pour autant, je recommande de laisser le véhicule au parking dès que possible et de privilégier la marche ou le vélo pour explorer chaque site, les sentiers côtiers n’étant de toute façon pas accessibles en voiture. Les hébergements du type chambre d’hôtes restent nombreux le long de cette côte, souvent tenus par d’anciens marins ou pêcheurs reconvertis, qui partagent volontiers leurs souvenirs de la mer avec les visiteurs qui prennent le temps de discuter en fin de journée.
Ce que je retiens de ce parcours
Trois jours suffisent pour ce road trip si l’on accepte un rythme tranquille et qu’on ne cherche pas à tout cocher. Ce qui m’a marqué, plus que la couleur des rochers elle-même, c’est la façon dont la lumière et la marée transforment le même paysage d’heure en heure, rendant chaque passage sur un sentier différent du précédent. Je conseillerais de prévoir une marge de temps supplémentaire pour les marées, de ne pas négliger l’île de Bréhat qui mérite largement une journée entière plutôt qu’une simple excursion, et de garder en tête que le vent breton, même en plein été, reste capable de changer les plans en un instant.


