Itinéraires

Traverser la Bourgogne a velo, un itineraire pour curieux presses

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On m’a souvent dit qu’il fallait au moins une semaine pour faire la Bourgogne a velo, et j’ai voulu verifier si trois jours bien choisis suffisaient. La reponse tient en une phrase : cela depend entierement du troncon retenu. J’ai finalement construit un parcours de soixante kilometres environ, etale sur trois jours avec des haltes longues, en suivant en grande partie la Voie des Vignes qui longe la Cote de Beaune.

Jour 1 : de Beaune a Pommard et Volnay

Je loue le velo directement a Beaune, dans une boutique proche des remparts, la veille au soir pour eviter la queue du matin. Le depart se fait par les Hospices de Beaune, que je visite en une heure avant d’enfourcher le velo, histoire de ne pas melanger deux registres dans la meme journee. La piste cyclable qui mene a Pommard suit d’abord une ancienne voie ferree desaffectee, plate et ombragee, avant de grimper legerement vers les premiers coteaux.

A Pommard, je m’arrete dans un caveau tenu par une famille de vignerons sur quatre generations, ou le fils, la trentaine, m’explique la difference entre un climat et un lieu-dit avec une patience qui trahit qu’il repete cette explication plusieurs fois par jour sans jamais s’en lasser vraiment. Je repars vers Volnay en fin d’apres-midi, le village perche offrant une vue degagee sur toute la plaine jusqu’a la Saone.

Je passe la nuit dans une petite auberge a Volnay meme, avec pour seul bruit de fond le vent dans les vignes. Le diner, simple, se compose d’un jambon persille et d’un fromage de la region servi encore tiede.

Jour 2 : Meursault, Puligny-Montrachet et une panne de chaine

La deuxieme journee est la plus longue, environ vingt-cinq kilometres jusqu’a Puligny-Montrachet en passant par Meursault. C’est aussi celle ou tout a failli s’arreter net : ma chaine a saute a mi-parcours, sur une route isolee entre deux rangs de vignes, sans reseau telephonique fiable. Un vigneron qui rentrait de ses parcelles en tracteur m’a depannee avec une pince multiprise sortie de sa boite a outils, sans faire de commentaire particulier sur mon incapacite a reparer cela moi-meme.

Ici, tout le monde a un jour depanne un cycliste. C’est presque une regle non ecrite de la region.

Cette remarque, lancee sans emphase, resume assez bien l’esprit de la Cote de Beaune, ou le tourisme a velo s’est integre au quotidien agricole plutot que de s’y superposer artificiellement. A Meursault, je m’arrete dejeuner sur la place de l’hotel de ville, a l’ombre d’un platane, avant de reprendre la route vers Puligny-Montrachet ou je passe la seconde nuit dans une chambre d’hotes amenagee dans une ancienne cave a vin.

Jour 3 : retour vers Beaune par les hauteurs

Le dernier jour, plus court, remonte vers Beaune par un itineraire legerement different, en altitude, qui traverse les hautes-cotes plutot que la plaine viticole. Le paysage change de nature : moins de vignes alignees au cordeau, davantage de bois et de patures ou paissent des vaches charolaises. Je m’arrete dans un village nomme Nantoux, presque desert en milieu de semaine, pour un cafe pris seul en terrasse pendant vingt bonnes minutes sans croiser personne.

La redescente vers Beaune se fait par la meme ancienne voie ferree qu’a l’aller, et je rends le velo en fin d’apres-midi avec les mollets bien plus sollicites que prevu pour un parcours presente comme facile par le loueur.

Ce que cet itineraire enseigne sur la region

Faire la Bourgogne a velo plutot qu’en voiture change fondamentalement le rapport aux distances. Un vignoble qui semble minuscule sur une carte routiere devient, a l’allure d’un cycliste, une succession de microclimats et de sols differents qu’on ressent physiquement dans les jambes en fonction des devers. C’est aussi une maniere de forcer les rencontres : on s’arrete plus volontiers pour demander son chemin, ou de l’aide en cas de panne, quand on est sur un velo que dans une voiture.

Organiser son propre parcours

  • Louer le velo la veille au soir permet de partir tot sans faire la queue en boutique.
  • Prevoir un itineraire de repli en cas de panne, le reseau telephonique reste irregulier entre les villages.
  • Reserver les chambres d’hotes de village a l’avance, elles comptent rarement plus de trois chambres.
  • Compter une halte d’au moins une heure par village traverse, le rythme rapide n’apporte rien ici.

Le materiel qui a vraiment servi

Je pars generalement legere pour ce genre de parcours, mais quelques objets se sont reveles indispensables plus que prevu. Une petite trousse a outils de base, meme minimaliste, aurait evite l’attente pendant la reparation de la chaine. Une gourde isotherme a aussi fait la difference en pleine chaleur d’apres-midi sur les troncons sans ombre, notamment entre Meursault et Puligny-Montrachet ou les rangs de vignes n’offrent aucun abri. J’emporte egalement toujours un sac etanche pour proteger le telephone et les papiers en cas d’averse soudaine, frequente en fin de journee dans cette region meme en plein ete.

Le choix du velo lui-meme merite aussi reflexion. J’ai opte pour un modele electrique a assistance legere, ce qui m’a permis d’attaquer les montees vers les hautes-cotes sans arriver epuisee au sommet, tout en gardant assez d’effort pour ressentir le releif. Un velo classique convient tres bien sur la partie plate le long de l’ancienne voie ferree, mais devient plus exigeant des que la route grimpe vers Nantoux ou les hameaux alentour.

Une variante pour ceux qui prefereraient marcher

Il existe une version a pied de ce meme itineraire, plus lente evidemment, qui suit en partie les memes chemins mais s’autorise des detours a travers les sentiers viticoles inaccessibles a velo. Je l’ai testee sur une seule journee, entre Pommard et Volnay, et le rythme de la marche change completement la perception des distances entre les parcelles, chacune semblant soudain bien plus vaste qu’elle ne le paraissait depuis la selle d’un velo. Pour un itineraire complet a pied, il faudrait sans doute compter le double de jours, la marche imposant naturellement des etapes plus courtes.

Trois jours suffisent donc a velo, a condition d’accepter de ne voir qu’une petite partie de la Bourgogne viticole plutot que de vouloir tout embrasser. Le reste attendra un prochain sejour, et c’est sans doute la meilleure raison d’y retourner.

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