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Le premier road trip que j’ai organise moi-meme comptait sept etapes en six jours, un tableau de calcul avec des distances precises et des heures d’arrivee estimees a la minute pres. Je n’ai profite d’aucune des etapes, occupee que j’etais a verifier si nous respections le planning. Depuis, je construis mes itineraires selon un principe inverse: moins d’etapes, plus de marge, et une reelle tolerance pour les detours qui n’etaient pas prevus.
Choisir un nombre d’etapes plus petit que ce qu’on imagine
La tentation, en preparant un road trip, est de vouloir tout voir. On regarde une carte, on repere cinq ou six villes qui semblent proches, et on se dit qu’il suffit de les enchainer. En pratique, chaque etape demande du temps pour se garer, trouver un hebergement, decouvrir le centre, manger correctement, et se reposer un minimum. Je recommande de diviser par deux le nombre d’etapes qu’on avait initialement en tete. Un itineraire pense pour sept villes en profite davantage lorsqu’il n’en garde que trois ou quatre, avec des nuits plus longues a chaque endroit.
Lors d’un trajet a travers les collines du Perigord et du Quercy, j’avais initialement prevu de dormir dans une ville differente chaque soir. J’ai finalement choisi de rester deux nuits a Sarlat, ce qui m’a permis d’assister au marche du samedi matin sans avoir a faire les valises immediatement apres, et de decouvrir un sentier de randonnee suggere par la proprietaire de la maison ou je logeais, un chemin qui ne figurait sur aucune carte touristique.
Laisser une demi-journee libre, sans destination
Un itineraire reussi comporte toujours au moins une demi-journee sans plan precis. Cette plage vide n’est pas du temps perdu, c’est l’espace ou surviennent les meilleures decouvertes: une brocante improvisee sur une place de village, une conversation avec un commercant qui recommande un restaurant que les guides ne mentionnent pas, une envie soudaine de s’arreter parce que la lumiere sur un champ de tournesols merite d’etre regardee plus longtemps que prevu.
Je programme systematiquement cette demi-journee libre au milieu du sejour, jamais au debut ni a la fin, car c’est le moment ou la fatigue du trajet commence a se faire sentir et ou une pause sans objectif precis redonne de l’energie pour la suite.
Prevoir une marge horaire realiste entre les etapes
Les applications de navigation calculent des temps de trajet optimistes, qui ne tiennent pas compte des arrets pour prendre un cafe, des travaux sur la route, ou simplement de l’envie de s’arreter parce qu’un village au bord de la route semble digne d’un detour. Je multiplie toujours par une fois et demie le temps de trajet indique, et je considere ce chiffre comme un minimum plutot que comme une contrainte.
Sur la route entre la vallee de la Loire et la Bretagne, cette marge m’a permis de m’arreter sans culpabiliser dans un petit bourg dont je ne connaissais meme pas le nom, attiree par une eglise romane et un café ouvert sur la place principale. Sans cette marge, j’aurais roule directement, inquiete de respecter une heure d’arrivee fixee a l’avance.
Reserver l’hebergement, garder le reste flexible
Je reserve toujours les logements a l’avance, car les bonnes chambres d’hotes et les petites auberges se remplissent vite, surtout en periode estivale. En revanche, je laisse volontairement les restaurants, les visites et les activites du jour sans reservation, sauf exception rare comme un site tres frequente. Cette approche cree un cadre solide, avec un point d’ancrage chaque soir, tout en gardant les journees ouvertes aux decisions prises sur place, en fonction de la meteo, de l’humeur du groupe, ou d’une recommandation glanee en chemin.
Un bon itineraire ressemble a un poeme a structure fixe: la forme est posee a l’avance, mais chaque mot a l’interieur reste libre.
Accepter de modifier le plan en cours de route
Enfin, il faut accepter, une fois le voyage commence, que le plan initial n’est qu’une base de travail. Lors d’un road trip dans les Alpes, nous avions prevu de rejoindre un lac reconnu pour sa couleur turquoise, mais un orage annonce nous a fait changer de direction vers une vallee voisine, moins connue, ou nous avons finalement passe l’une des plus belles journees du sejour, sans la foule habituellement presente autour du lac plus celebre.
Construire un itineraire sans se presser, ce n’est pas renoncer a la planification, c’est simplement accepter qu’elle serve de squelette et non de camisole. Le meilleur road trip est celui dont on revient en ayant l’impression d’avoir suivi son propre rythme, plutot que celui d’un tableau prepare plusieurs semaines auparavant devant un ordinateur.
Choisir la base plutot que le trajet lineaire
Depuis quelques annees, je privilegie une approche differente du road trip classique, qui consiste a enchainer les etapes en ligne, une nuit differente chaque soir. Je choisis plutot une ou deux bases fixes, situees a un point central d’une region, et je rayonne autour depuis cette base pour des excursions a la journee. Cette methode supprime la fatigue liee au changement quotidien de logement, evite de refaire sa valise chaque matin, et permet de revenir le soir dans un lieu deja familier, avec ses reperes et sa routine.
Lors d’un sejour dans le Luberon, j’avais choisi une base unique pres de Bonnieux, et je rayonnais chaque jour vers un village different, Roussillon, Gordes, Menerbes, sans jamais avoir a transporter de bagages. Le soir, je retrouvais toujours la meme terrasse, le meme boulanger dont j’avais fini par reconnaitre le visage, ce qui donnait au sejour une dimension presque domestique malgre le fait de decouvrir un nouvel endroit chaque jour.
Noter les distances reelles, pas seulement les distances routieres
Un autre piege frequent consiste a se fier uniquement a la distance kilometrique entre deux points, sans tenir compte de la nature de la route. Une route de montagne en lacets peut demander deux fois plus de temps qu’une route droite de meme longueur, et certaines routes secondaires, magnifiques a parcourir, imposent une vitesse tres reduite qui allonge considerablement le trajet prevu. Je verifie systematiquement le type de route avant de fixer une heure de depart, en regardant si la carte indique des lacets serres ou des passages en zone montagneuse.
Cette attention m’a evite une soiree difficile lors d’un trajet entre Annecy et une vallee voisine, ou la route indiquee comme courte sur la carte s’est revelee etre une succession de virages etroits, traversant plusieurs hameaux avec une limitation de vitesse tres basse. En anticipant ce type de route, j’avais heureusement prevu une marge suffisante pour arriver avant la nuit, contrairement a d’autres voyageurs croises en chemin qui semblaient avoir sous-estime le temps necessaire.


