Escapades week-end

Sienne, le week-end toscan qui ralentit le temps

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Arrive a Sienne en fin d’apres-midi, j’ai pose mon sac et rejoint directement la Piazza del Campo, sans meme passer par l’hotel. La place en coquille, penchee vers le Palazzo Pubblico et sa haute tour, etait deja envahie par une lumiere doree qui rendait les briques presque roses, et j’ai compris tout de suite pourquoi tant de voyageurs choisissent Sienne comme alternative plus posee a Florence pour un week-end toscan.

La Piazza del Campo, coeur battant de la ville

Contrairement a beaucoup de grandes places italiennes bordees de voitures ou de terrasses envahissantes, la Piazza del Campo reste largement pietonne et sert encore de veritable lieu de vie : des habitants s’y asseyent a meme les paves en fin de journee, des enfants y jouent au ballon, des groupes d’amis s’y retrouvent avant de diner. J’ai fait comme eux le premier soir, assis directement sur la pierre encore tiede, un verre de vin local a la main achete dans un bar voisin, a regarder la Torre del Mangia se decouper sur un ciel qui virait au violet.

Le lendemain matin, je suis monte en haut de cette meme tour, plus de trois cents marches en colimaçon qui debouchent sur une vue a trois cent soixante degres sur la ville et les collines toscanes environnantes. La montee n’a rien de facile, mais elle offre une lecture immediate de la geographie de Sienne, avec ses trois collines et ses quartiers historiques, les contrade, qui s’affrontent chaque annee lors de la fameuse course du Palio directement sur cette meme place.

Une cathedrale qui ne ressemble a aucune autre

Le duomo de Sienne, avec ses rayures de marbre blanc et vert fonce, marque des l’exterieur une rupture avec l’image plus sobre qu’on se fait parfois de l’architecture religieuse italienne. A l’interieur, le sol en marqueterie de marbre, recouvert par sections pour le proteger et devoile seulement a certaines periodes de l’annee, raconte des scenes bibliques avec un niveau de detail qui demande de lever puis baisser le regard sans cesse, entre les plafonds voutes et le sol lui-meme.

Un guide local m’a explique que Sienne avait autrefois reve d’une cathedrale plus grande que celle de Florence, et que les vestiges de ce projet inacheve, visibles sur un flanc de la place, restent un souvenir de rivalite entre les deux villes.

Ce projet abandonne, appele le Facciatone, se visite en partie et offre lui aussi un point de vue sur la ville, moins vertigineux que la Torre del Mangia mais tout aussi interessant pour comprendre l’ampleur de ce que Sienne avait imagine avant que la peste du quatorzieme siecle ne vienne stopper net son expansion.

Se perdre dans les contrade

Passé les monuments principaux, le plaisir de Sienne tient surtout a la maniere dont elle se parcourt a pied, sans plan precis. Chaque contrada, ou quartier historique, affiche ses propres couleurs et son propre emblème animal sur des drapeaux suspendus aux facades, et j’ai pris l’habitude de reperer ces symboles en marchant, girafe d’un cote, tortue de l’autre, comme une carte parallele de la ville qui se lit sans meme consulter un guide.

  • Reserver la montee a la Torre del Mangia tot le matin pour eviter la chaleur et l’affluence
  • Verifier les dates d’ouverture du sol de marqueterie de la cathedrale, visible seulement certaines periodes
  • Se promener sans itineraire fixe pour reperer les emblemes des differentes contrade
  • S’asseoir directement sur la Piazza del Campo en fin de journee, comme le font les habitants

Les tables toscanes, simples et genereuses

J’ai mange dans une petite trattoria a l’ecart de la place principale, recommandee par la personne qui tenait ma chambre d’hotes, et j’y ai retrouve une cuisine toscane sans artifice : pates fraiches, legumes de saison, huile d’olive locale versee genereusement sur a peu pres tout. Le service etait lent, au sens le plus positif du terme, comme si le temps du repas devait durer aussi longtemps que la conversation le permettait.

Les eglises secondaires, moins visitees mais tout aussi denses

Au dela du duomo, Sienne compte plusieurs eglises moins connues qui meritent pourtant le detour, souvent parce qu’elles sont vides au moment ou les visiteurs se concentrent sur la cathedrale et la Piazza del Campo. La basilique San Domenico, perchee sur une colline a l’ouest du centre, offre depuis son parvis une des plus belles vues sur le duomo et ses rayures caracteristiques, et j’y suis reste assis un long moment sur les marches, sans autre compagnie qu’un chat du quartier visiblement habitue aux visiteurs de passage. A l’interieur, la chapelle dediee a sainte Catherine de Sienne, figure locale tres reverée dans toute la region, attire quelques pelerins discrets qui contrastent avec les groupes plus bruyants croises pres du duomo.

J’ai aussi pris le temps de visiter le complexe du Santa Maria della Scala, un ancien hopital medieval transforme en musee, dont les salles souterraines conservent encore des fresques du quatorzieme siecle racontant la vie quotidienne de l’epoque, malades, pelerins et enfants abandonnes recueillis par l’institution. L’endroit, moins frequente que les monuments principaux, permet de comprendre a quel point Sienne fut, au Moyen Age, une ville puissante et organisee, bien avant que Florence ne prenne l’ascendant politique sur toute la region.

Un week-end qui donne envie de ralentir encore

Deux jours a Sienne suffisent pour saisir l’essentiel de la ville, mais ils suffisent surtout a comprendre un rythme different de celui de Florence, plus proche, plus dense, plus pressee. En quittant la Piazza del Campo le dimanche pour reprendre la route, je me suis retourne une derniere fois vers la tour, et j’ai eu la sensation nette d’avoir trouve, en Toscane, une ville qui n’attend rien du voyageur si ce n’est qu’il prenne le temps de s’asseoir.

J’ai emporte avec moi un petit paquet de ricciarelli achete dans une pasticceria pres du duomo, ces biscuits aux amandes recouverts de sucre glace typiques de la region, et je les ai finis dans le train du retour en repensant a la lenteur du service de la trattoria de la veille. C’est peut-etre ca, au fond, le vrai souvenir de Sienne : non pas un monument precis, mais cette sensation diffuse que personne, dans cette ville, ne semble presse d’en finir avec quoi que ce soit.

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