Itinéraires

Sur la route des vins d’Alsace, de Colmar à Riquewihr

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Je suis descendu du train à Colmar un matin d’octobre, avec pour seul plan quatre jours à remonter la route des vins vers le nord. Les vignes commençaient déjà à jaunir sur les collines, et l’air sentait le moût plus que la ville elle-même. J’avais réservé une chambre d’hôtes au dernier moment, tenue par un couple qui produisait son propre riesling sur trois hectares hérités du grand-père. Ce séjour est resté l’un de mes itinéraires préférés en France, moins pour les paysages, magnifiques mais attendus, que pour la manière dont chaque village semble avoir gardé son caractère propre malgré des décennies de tourisme.

Jour 1 : poser ses valises à Colmar

Colmar se visite bien en une demi-journée si l’on se contente du quartier de la Petite Venise, mais j’ai préféré m’y attarder plus longtemps que prévu. Les maisons à colombages du quartier des Tanneurs, autrefois utilisées pour faire sécher les peaux à l’étage, ont conservé leurs façades penchées et leurs couleurs vives sans donner l’impression d’un décor reconstitué. J’ai marché le long de la Lauch en fin d’après-midi, quand les bateliers rangent leurs barques et que les touristes de la journée reprennent leur car. C’est à ce moment-là que la ville redevient elle-même, avec ses habitants qui sortent faire leurs courses au marché couvert avant la fermeture.

À ne pas manquer

  • Le quartier des Tanneurs en fin de journée, quand la lumière rase les façades
  • Le marché couvert, pour goûter un kougelhopf encore tiède
  • La collégiale Saint-Martin, souvent surnommée cathédrale à tort par les visiteurs

Jour 2 : Riquewihr et Kaysersberg

De Colmar, un bus régional dessert Riquewihr en une vingtaine de minutes, mais j’ai préféré louer un vélo pour prendre mon temps sur les petites routes qui traversent les vignes. Riquewihr, entièrement fortifié et resté quasiment intact depuis le seizième siècle, se remplit vite de cars de tourisme dès dix heures. J’y suis arrivé à l’ouverture des commerces, quand les vignerons balayaient encore le pas de leur porte, et j’ai pu marcher dans la rue principale sans croiser plus de dix personnes. Une productrice, croisée devant sa cave, m’a proposé de goûter un gewurztraminer vendanges tardives en m’expliquant que sa famille exploitait la même parcelle depuis six générations, un détail qu’elle glissait visiblement à chaque visiteur mais qui gardait, dans sa bouche, un vrai enthousiasme.

Kaysersberg, un peu plus au nord, m’a semblé moins photographié et pourtant tout aussi saisissant, avec son château en ruine perché au-dessus du village et son pont fortifié du seizième siècle. J’ai grimpé jusqu’aux ruines en fin d’après-midi, une marche d’une trentaine de minutes à peine, pour redescendre juste à temps pour un dîner à base de baeckeoffe dans une winstub tenue par la même famille depuis trois générations.

Jour 3 : Eguisheim et Turckheim à vélo

J’ai gardé cette journée pour rouler à vélo entre Eguisheim et Turckheim, deux villages plus modestes en taille mais tout aussi soignés. Eguisheim se distingue par son plan concentrique, hérité d’un château médiéval dont il ne reste que la structure des ruelles, et par ses façades couvertes de vigne vierge et de géraniums encore fleuris malgré la saison. J’y ai croisé un veilleur de nuit costumé, une tradition locale reprise l’été pour les visiteurs, qui m’a raconté l’histoire du village avec un plaisir manifeste, sans jamais tomber dans le récit trop rodé.

Turckheim, un peu plus loin, garde ses trois portes fortifiées d’origine et un rythme nettement plus tranquille. J’ai déjeuné sur la petite place centrale, presque vide un mardi midi, avant de reprendre la route des vignes vers Colmar. Le vélo reste, à mon avis, la meilleure façon de relier ces villages : les distances sont courtes, le dénivelé reste doux, et on croise les vignerons au travail plutôt que de simplement les observer depuis une voiture.

Jour 4 : Ribeauvillé et les hauteurs du vignoble

Pour la dernière étape, j’ai choisi Ribeauvillé, dominé par trois châteaux en ruine visibles depuis la ville basse. Une randonnée d’environ deux heures mène au premier d’entre eux, le Saint-Ulrich, avec une vue qui embrasse toute la plaine d’Alsace jusqu’à la Forêt-Noire par temps clair. J’ai croisé peu de monde sur ce sentier, la plupart des visiteurs se contentant de photographier le château depuis le bas du village.

Le soir, j’ai partagé un dernier repas avec le couple qui m’hébergeait, autour d’une tarte flambée qu’ils préparaient eux-mêmes dans un four à bois installé dans leur cour. La femme m’a expliqué que la route des vins, longue d’environ cent soixante-dix kilomètres du nord au sud de l’Alsace, ne se parcourt jamais vraiment en entier par les habitants eux-mêmes, chacun ayant ses villages de prédilection et ses adresses qu’il ne partage qu’aux gens de passage qui prennent le temps de s’arrêter.

Une variante possible : Bergheim et Hunawihr

Si le temps le permet, deux villages plus discrets méritent un détour avant de reprendre la route vers Colmar. Bergheim, entouré de ses remparts presque intacts et de son unique porte fortifiée, reste étonnamment épargné par la foule malgré sa proximité avec Riquewihr. J’y ai marché un soir sans croiser plus de trois ou quatre passants, longeant les jardins fleuris qui bordent l’intérieur des remparts, avant de m’arrêter dans une petite épicerie tenue par une femme qui vendait aussi bien du munster fermier que des confitures maison préparées avec les fruits de son propre verger.

Hunawihr, plus petit encore, abrite une église fortifiée entourée de son cimetière, partagée depuis des siècles entre les cultes catholique et protestant, une particularité assez rare en Alsace que le gardien du site m’a expliquée avec un plaisir évident. Le village possède aussi un parc dédié à la cigogne, oiseau emblématique de la région, où l’on peut observer des couples nichés sur les toits environnants dès le mois d’avril. Je m’y suis attardé plus que prévu, assis sur un muret de pierre, à regarder les allées et venues des oiseaux entre les vignes et les toits pentus du village, un moment simple mais qui résume assez bien le rythme que mérite cette route des vins.

Où dormir et comment s’organiser

J’ai choisi de loger à Colmar pour l’ensemble du séjour, une option pratique puisque tous les villages restent accessibles en moins de trente minutes de route ou de bus. Certains voyageurs préfèrent au contraire changer de village chaque nuit, une formule séduisante sur le papier mais qui impose de refaire ses bagages chaque matin, ce qui m’a semblé peu compatible avec l’envie de prendre son temps sur les sentiers viticoles. Les chambres d’hôtes tenues directement par des vignerons, comme celle où j’ai logé, offrent en général un accès à la cave familiale et parfois une dégustation improvisée en fin de journée, une expérience que ne propose aucun hôtel classique de la région.

Quelques conseils pratiques

Quatre jours suffisent pour ce parcours si l’on accepte de ne pas tout voir. Je recommande de privilégier le vélo ou la marche entre les villages plutôt que la voiture, qui pousse à s’arrêter uniquement aux points de vue balisés. L’automne, avec les vendanges encore en cours dans certains villages, ajoute une agitation particulière aux caves, mais le printemps offre sans doute une lumière plus douce sur les collines. Dans tous les cas, arriver tôt dans chaque village reste la meilleure façon d’en garder un souvenir qui ressemble davantage à la vie locale qu’à une carte postale.

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