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Le train depuis Lille met un peu moins de deux heures a rejoindre Gand, et cette simplicite m’avait longtemps fait negliger la ville au profit de sa voisine plus celebre. J’ai fini par y passer un week-end de printemps, sans autre projet que de marcher au bord des canaux, et j’en suis reparti convaincu que Gand merite sa propre place dans le carnet des escapades belges, loin de l’ombre de Bruges.
Une ville flamande qui vit encore pour ses habitants
Ce qui frappe des la sortie de la gare Sint-Pieters, c’est le nombre de velos. A Gand, on ne se deplace pas pour les touristes, on se deplace parce que c’est le moyen le plus rapide de traverser la ville, et cette energie du quotidien change tout le rapport au lieu. J’ai loue un velo pres du Korenmarkt des le premier matin, et j’ai suivi les quais du Graslei et du Korenlei sans autre but que de regarder les facades a pignons se refleter dans l’eau. Contrairement a Bruges, ou chaque ruelle semble amenagee pour la photo, Gand garde des poches entieres de vie ordinaire : des etudiants qui dejeunent sur les marches, des marches aux legumes le samedi matin, des bars a bieres frequentes surtout par des habitues.
Le chateau des comtes de Flandre, le Gravensteen, domine le centre avec ses tours de pierre grise, et j’ai pris le temps d’y monter en fin de journee, quand la lumiere rasante donnait aux remparts une couleur presque ocre. La visite n’a rien de spectaculaire au sens hollywoodien, mais le contraste entre la forteresse medievale et les cafes contemporains installes juste en contrebas raconte bien la maniere dont Gand superpose ses epoques sans les figer.
La cathedrale Saint-Bavon et son retable
Je ne suis pas particulierement sensible a l’art religieux, mais l’Agneau mystique conserve dans la cathedrale Saint-Bavon m’a retenu plus longtemps que prevu. Le polyptyque, peint au quinzieme siecle, se visite desormais dans une salle attenante ou l’eclairage a ete pense pour la duree, ce qui change de la penombre habituelle des eglises. J’ai pris un billet le matin pour eviter les groupes qui arrivent en fin de matinee, et j’ai pu rester presque seul devant les panneaux pendant une vingtaine de minutes.
Une guide beneficole croisee sur place m’a glisse une phrase que je n’ai pas oubliee : a Gand, les monuments ne sont pas des decors, ce sont des voisins.
Cette idee de voisinage m’a suivi tout le week-end. Le beffroi, juste a cote, se visite avec un ascenseur qui monte jusqu’a la terrasse, et la vue sur les toits de tuiles rouges permet de repérer d’un coup d’oeil la plupart des lieux qu’on visitera ensuite a pied.
Manger et boire comme un Gantois
Gand revendique une tradition vegetarienne assez ancienne pour une ville flamande, et j’ai croise plusieurs petites adresses qui proposaient des versions vegetales de plats traditionnellement a base de viande, sans en faire un argument marketing appuye. Le soir, je me suis installe dans un cafe a bieres du quartier de Patershol, un ancien quartier d’artisans devenu un dedale de ruelles paves bordees de facades colorees, et j’ai laisse le serveur me conseiller plutot que de choisir moi-meme sur une carte trop longue.
- Se promener tot le matin le long du Graslei avant l’arrivee des groupes
- Reserver un creneau pour l’Agneau mystique plutot que d’y aller en visite libre
- Explorer le quartier de Patershol en fin d’apres-midi pour la lumiere sur les facades
- Monter au beffroi pour comprendre la geographie de la ville avant de la parcourir a pied
J’ai aussi passe un moment au marche couvert du vendredi, ou les producteurs de la region vendent fromages, legumes et fleurs sous une grande halle en brique. Rien de spectaculaire, encore une fois, mais une tranche de vie locale qui vaut largement une attraction payante.
Une balade en bateau pour changer d’angle
Le samedi apres-midi, j’ai reserve une place sur l’un des petits bateaux qui remontent la Lys depuis le Graslei, plus par curiosite que par conviction, en pensant que ce serait une activite un peu touristique parmi d’autres. La perspective depuis l’eau a pourtant change ma lecture de la ville : les facades du dix-septieme siecle, vues depuis le niveau du canal, revelent des details de sculpture qu’on ne remarque pas depuis le quai, et le guide, un etudiant gantois qui faisait ca en job d’ete, racontait l’histoire des corporations de marchands avec un detachement amuse qui rendait le recit plus vivant qu’un audioguide classique. On passe sous des ponts si bas qu’il faut parfois baisser la tete, et on longe des jardins prives que l’on ne soupçonne meme pas depuis la rue.
En redescendant du bateau, je me suis arrete au Design Museum Gent, installe dans un hotel particulier du dix-huitieme siecle prolonge par une aile contemporaine. Le contraste entre les salons d’epoque, meubles Art nouveau et boiseries sculptees, et les salles modernes consacrees au design industriel belge, m’a semble assez representatif de l’identite de Gand : une ville qui ne choisit pas entre son passe et son present, elle les fait simplement cohabiter dans le meme batiment.
Le tempo d’un week-end a Gand
Deux jours suffisent pour saisir l’essentiel de la ville sans courir. J’ai garde le dimanche matin pour flaner sans itineraire precis, en repassant par des rues deja vues la veille mais sous un autre angle de lumiere, ce qui est souvent le meilleur moyen de verifier si un lieu m’a vraiment plu ou si je l’ai simplement traverse. A Gand, la reponse est venue vite : c’est une ville qu’on a envie de revoir, precisement parce qu’elle ne cherche pas a impressionner a tout prix.
En repartant vers la gare, j’ai repense a cette phrase de la guide sur le voisinage. Gand ne se visite pas comme un musee a ciel ouvert, elle se traverse comme un quartier qu’on apprendrait a connaitre, canal apres canal, avec la sensation reconfortante que la ville continuera de vivre exactement comme avant, bien apres notre depart.


