Escapades week-end

Un week-end dans le Luberon, entre villages perchés et marchés provençaux

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J’ai découvert le Luberon un mardi matin, jour de marché à Apt, en cherchant une place de parking qui n’existait manifestement pas avant huit heures. J’ai fini par laisser la voiture à l’entrée de la ville et marcher un bon quart d’heure jusqu’au centre, porté par l’odeur des melons qui commençaient déjà à chauffer au soleil sur les étals. Ce détour forcé, que j’avais pris pour un contretemps, m’a fait traverser des ruelles que je n’aurais probablement jamais empruntées si j’avais trouvé une place plus proche.

Gordes, vu depuis la route en contrebas

Gordes se regarde souvent depuis la route qui descend vers l’abbaye de Sénanque, un point de vue devenu presque un passage obligé pour quiconque visite le Luberon. Le village, construit à flanc de colline en pierres sèches couleur miel, mérite pourtant qu’on s’y attarde davantage qu’un simple arrêt photo. Les ruelles étroites qui montent vers le château, presque désertes en dehors de la mi-journée, permettent de comprendre comment le village s’organise autour de sa colline, terrasse après terrasse.

L’abbaye de Sénanque et les champs de lavande

En contrebas du village, l’abbaye de Sénanque, toujours habitée par une communauté de moines cisterciens, se dresse au milieu de champs de lavande qui, en pleine saison, dessinent des lignes violettes bien nettes jusqu’au pied des bâtiments. Je m’y suis arrêté en fin de journée, quand la lumière rasante donne aux rangs de lavande une teinte plus dense, presque bleutée. Le silence du lieu, ponctué par les cloches qui rythment encore la vie des moines, contraste nettement avec l’agitation du marché d’Apt du matin même.

Roussillon et ses falaises d’ocre

Plus au sud, Roussillon se distingue par ses maisons peintes dans toutes les nuances d’ocre, du jaune pâle au rouge profond, en écho direct aux falaises qui bordent le village. J’ai emprunté le sentier des ocres, un parcours balisé qui serpente entre les anciennes carrières, et j’en suis ressorti avec mes chaussures et le bas de mon pantalon teintés d’orange pour plusieurs jours. Ce genre de détail, qu’on regrette sur le moment, finit toujours par devenir une anecdote qu’on raconte volontiers une fois rentré.

Bonnieux et Lourmarin, deux visages du même massif

Bonnieux, perché sur son éperon rocheux, se grimpe littéralement : ses ruelles en escalier mènent jusqu’à une église surplombant toute la vallée du Calavon. Lourmarin, à l’inverse, s’étend plus horizontalement, autour de son château Renaissance et de ses terrasses de café installées sous les platanes. Les deux villages, distants d’une petite demi-heure de route, montrent bien la diversité des paysages que rassemble le Luberon, entre hauteurs rocailleuses et vallées plus douces.

À Lourmarin, je me suis arrêté un dimanche matin pour le marché hebdomadaire, plus modeste que celui d’Apt mais tout aussi vivant, installé directement sous les platanes de la place centrale. Les producteurs y vendent surtout des légumes de saison et du fromage de chèvre frais, et les habitants s’y attardent longuement pour discuter d’une table à l’autre, sans se presser malgré la file qui s’allonge devant certains étals les plus réputés du village.

Ménerbes et Oppède, à l’écart des foules

Entre Bonnieux et Gordes, deux villages plus discrets méritent qu’on s’y arrête, précisément parce qu’ils attirent moins de visiteurs que leurs voisins plus connus. Ménerbes, perché sur sa crête, garde des ruelles presque désertes en dehors du marché du jeudi, avec une vue depuis ses remparts qui s’étend jusqu’au Mont Ventoux par temps clair. Oppède-le-Vieux, encore plus discret, a longtemps été partiellement abandonné avant que quelques habitants ne restaurent progressivement les maisons du vieux village, laissant certaines ruines volontairement en l’état, envahies par les figuiers sauvages et les herbes hautes.

J’ai marché un après-midi entier dans ces ruines silencieuses, croisant à peine deux ou trois autres visiteurs, une expérience assez différente de la densité qu’on trouve à la même heure dans les ruelles de Gordes. C’est ce contraste, entre villages très fréquentés et villages presque oubliés à quelques kilomètres seulement, qui donne au Luberon une profondeur qu’on ne perçoit pas au premier passage.

Le marché d’Apt, retour sur une habitude du mardi

Le marché d’Apt, l’un des plus anciens et des plus fournis de la région, mérite qu’on y revienne un autre mardi, une fois qu’on a appris à s’y repérer. Les étals de fruits confits, spécialité locale que les producteurs préparent selon des méthodes transmises depuis plusieurs générations, côtoient les producteurs de tissus provençaux et les vendeurs d’huile d’olive qui proposent des dégustations sans jamais insister. J’ai fini par y retourner un an plus tard, presque par nostalgie de cette première matinée passée à chercher une place de parking, et j’ai retrouvé les mêmes étals, aux mêmes emplacements, tenus par les mêmes familles, avec cette sensation rassurante de reconnaître un lieu qui n’a pas cherché à se transformer pour plaire davantage aux visiteurs de passage.

Où dormir et comment organiser son temps

Pour ce genre de week-end, je préfère loger dans un mas isolé entre deux villages plutôt qu’en plein centre de Gordes ou de Bonnieux, où l’affluence estivale peut rendre les soirées bruyantes. Un mas avec quelques chambres, tenu par des propriétaires qui cultivent eux-mêmes leurs oliviers, permet de profiter du calme des collines tout en restant à quinze ou vingt minutes de voiture des villages principaux.

Deux jours pleins permettent de couvrir Gordes, Sénanque et Roussillon à un rythme tranquille, en gardant la matinée du dimanche pour Bonnieux ou Lourmarin selon l’humeur du moment. La voiture reste indispensable dans cette région, les distances entre villages, bien que courtes, se faisant mal à pied ou en transport en commun.

Ce que je retiens de ce week-end

Ce que je retiens du Luberon, c’est cette alternance constante entre des paysages très construits, presque théâtraux comme les falaises de Roussillon, et des moments beaucoup plus simples, comme ce marché d’Apt où les habitants achètent leurs fruits sans se soucier des visiteurs autour d’eux. C’est cette coexistence, entre décor et vie quotidienne, qui donne au Luberon une profondeur qu’on ne perçoit pas toujours sur les photos qui circulent de la région.

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