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J’ai atterri à Florence par un après-midi de chaleur lourde, avec l’idée de descendre lentement vers le sud jusqu’aux collines de la Val d’Orcia. Ce voyage, je l’avais reporté deux fois faute de temps, et je crois que cette attente a rendu chaque étape plus précieuse encore. La Toscane a cette réputation un peu écrasante d’être déjà connue avant même d’y mettre les pieds, à force de photos de cyprès alignés sur des routes ocre. Ce que j’ai découvert sur place dépasse largement cette image, à condition de sortir des trois ou quatre villages les plus photographiés.
Jours 1 et 2 : Florence sans se presser
J’ai choisi de rester deux nuits complètes à Florence plutôt que de la traverser en coup de vent, un choix que je referais sans hésiter. La ville se visite mal en une seule journée tant les files d’attente devant les Offices ou la coupole du Duomo peuvent gruger des heures entières. J’ai réservé mon créneau pour les Offices plusieurs semaines à l’avance, une précaution qui m’a évité près de deux heures de queue selon les touristes que j’ai vus patienter ce jour-là.
Le quartier de l’Oltrarno, de l’autre côté du fleuve, m’a semblé nettement plus vivant que le centre historique saturé de boutiques de souvenirs. J’y ai trouvé un atelier d’artisan tenu par un vieil homme qui restaurait des cadres dorés depuis plus de quarante ans, un métier qu’il disait voir disparaître avec sa génération. Le soir, j’ai grimpé jusqu’au Piazzale Michelangelo pour le coucher de soleil, un rituel touristique assumé mais qui reste, malgré la foule, une vraie manière de comprendre la géographie de la ville, coincée entre ses collines et l’Arno.
Repères pour cette étape
- Réserver les billets pour les Offices et la Galerie de l’Académie bien à l’avance
- Explorer l’Oltrarno pour échapper à la densité du centre historique
- Prévoir le Piazzale Michelangelo en fin d’après-midi plutôt qu’au coucher du soleil exact, pour éviter le pic de foule
Jour 3 : San Gimignano et Volterra
En quittant Florence, j’ai loué une voiture pour gagner en liberté sur les petites routes de campagne. San Gimignano, avec ses tours médiévales encore debout, se visite en une matinée si l’on arrive avant l’ouverture des cars touristiques. J’y suis entré à huit heures passées, les commerces encore fermés, et j’ai pu marcher dans les ruelles principales presque seul, ce qui change radicalement la perception d’un lieu que les photos montrent toujours noir de monde.
Volterra, un peu plus à l’écart des grands axes touristiques, m’a offert une expérience plus tranquille encore. La ville, perchée sur son éperon rocheux, garde des vestiges étrusques et romains mêlés à son architecture médiévale, avec beaucoup moins de boutiques de souvenirs qu’à San Gimignano. J’ai déjeuné dans une trattoria familiale où le patron, en apprenant que je venais de France, a insisté pour m’expliquer en un mélange d’italien et de français approximatif la différence entre le pecorino toscan et celui produit en Sardaigne, un sujet qui semblait lui tenir particulièrement à cœur.
Jours 4 et 5 : le Chianti et ses domaines
La route entre Volterra et la Val d’Orcia traverse le Chianti, région viticole dont les collines couvertes de vignes et d’oliviers correspondent enfin à l’image de carte postale tant vue avant le départ. J’ai posé mes valises à Radda in Chianti, petit village fortifié bien moins fréquenté que Greve ou Castellina, pour deux nuits qui m’ont permis de visiter plusieurs domaines viticoles à un rythme tranquille.
Un vigneron, dont le domaine restait dans la famille depuis six générations selon ses propres mots, m’a fait visiter ses caves creusées à même la roche avant de partager une dégustation de son chianti classico accompagnée d’une huile d’olive pressée à froid quelques semaines plus tôt seulement. Il m’a expliqué que la récolte des olives, généralement en octobre, mobilisait toute la famille pendant près de deux semaines, une tradition qu’il tenait à transmettre à ses enfants malgré la difficulté croissante de trouver de la main-d’œuvre saisonnière.
Jours 6 et 7 : la Val d’Orcia et ses routes blanches
La dernière étape de ce voyage m’a mené vers la Val d’Orcia, sans doute la région qui a le plus dépassé mes attentes. Pienza, petite cité idéale conçue au quinzième siècle par un pape originaire du village, se visite en quelques heures mais mérite qu’on s’y attarde pour le fromage de brebis vendu directement par les producteurs sur la rue principale. J’ai loué un vélo à Montalcino pour parcourir une partie des strade bianche, ces routes blanches non goudronnées qui serpentent entre les collines couvertes de cyprès, rendues célèbres par une course cycliste mais qui restent, hors saison de course, d’un calme presque total.
J’ai terminé le séjour à Bagno Vignoni, minuscule village organisé autour d’un bassin d’eau thermale antique occupant toute la place centrale, un lieu que je n’avais jamais vu en photo avant d’y arriver et qui reste, avec le recul, mon souvenir le plus fort de tout ce voyage. Un habitant m’a raconté que les Romains utilisaient déjà ces sources il y a plus de deux mille ans, un détail que la simplicité du lieu rend d’autant plus frappant.
Une étape supplémentaire : Montepulciano
Si le temps le permet, un détour par Montepulciano complète bien cette dernière partie du parcours, à une trentaine de minutes seulement de Pienza. La ville, perchée sur sa crête et bâtie presque entièrement en pierre calcaire, s’organise autour d’une rue principale en pente qui monte jusqu’à la place centrale et son palais communal. J’y ai grimpé la tour à l’heure où la plupart des visiteurs redescendaient vers leur car, pour profiter d’une vue dégagée sur la Val d’Orcia sans personne autour de moi.
J’ai visité une cave creusée directement dans le socle rocheux de la ville, où un caviste m’a expliqué la différence entre le vino nobile local et le brunello produit un peu plus loin à Montalcino, une distinction que je n’aurais jamais soupçonnée avant ce voyage tant les deux vins semblent proches au premier abord. Il m’a aussi confié que les grandes maisons viticoles historiques cohabitaient désormais avec une nouvelle génération de vignerons plus jeunes, revenus s’installer dans la région après des études ou des carrières menées ailleurs en Italie, un mouvement qu’il jugeait plutôt sain pour l’avenir de l’appellation.
Se déplacer et s’organiser sur ce parcours
La voiture reste indispensable pour ce type d’itinéraire, les liaisons en transport en commun entre les petits villages de la Val d’Orcia restant très limitées, voire inexistantes certains jours de semaine. Je recommande de louer le véhicule dès la sortie de Florence plutôt que d’attendre d’être arrivé dans le Chianti, les gares ferroviaires de la région restant assez éloignées des villages perchés qui font tout l’intérêt du voyage. Les routes de campagne, souvent étroites et sinueuses, demandent une conduite prudente, en particulier sur les tronçons non goudronnés des strade bianche où la poussière peut réduire la visibilité par temps sec et venteux.
Ce que je retiens de cette semaine
Une semaine reste un minimum pour ce parcours de Florence à la Val d’Orcia, et je conseillerais volontiers d’en prévoir dix jours pour profiter pleinement des domaines viticoles sans se presser. Ce qui m’a le plus marqué, au-delà des paysages désormais familiers en photo, c’est la constance avec laquelle chaque producteur ou vigneron croisé en chemin tenait à transmettre son savoir-faire, comme si la Toscane restait, malgré des décennies de tourisme intense, une région qui refuse encore de se résumer à ses cartes postales.


