Escapades week-end

Le Puy-en-Velay, un week-end suspendu entre volcans et chemins de pelerins

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J’etais arrive au Puy-en-Velay presque par hasard, en detour d’un trajet vers le sud, sans imaginer que la ville me retiendrait deux jours entiers. La premiere image qui m’a arrete net, c’est la statue de Notre-Dame-de-France plantee au sommet d’un rocher volcanique, visible depuis presque n’importe quel point de la ville, comme un phare de pierre rouge au milieu des toits.

Une ville batie sur ses volcans

Le Puy-en-Velay se distingue par une geographie assez rare en France : trois pitons volcaniques emergent au milieu du tissu urbain, chacun couronne d’un edifice. Le rocher Corneille porte la statue de la Vierge, le rocher Saint-Michel d’Aiguilhe soutient une minuscule chapelle romane accessible par un escalier taille dans la roche, et la cathedrale Notre-Dame-du-Puy occupe elle aussi une hauteur, reliee au reste de la ville par une rue pavee tres raide. J’ai grimpe les marches de la chapelle Saint-Michel un matin encore frais, avant l’arrivee des groupes, et le silence dans ce petit sanctuaire perche a plus de quatre-vingts marches du sol donnait au lieu une intensite que je n’attendais pas d’une chapelle de cette taille.

La montee au rocher Corneille, elle, se fait par un chemin plus large, et la vue depuis le pied de la statue embrasse toute la vallee, avec les toits de lauze de la vieille ville en contrebas et les collines du Velay qui se perdent a l’horizon. On sent, en haut, pourquoi tant de peintres et de photographes ont choisi ce point de vue pour representer la ville.

Sur les pas des pelerins de Saint-Jacques

Le Puy-en-Velay est l’un des points de depart historiques du chemin de Compostelle en France, et cette identite se ressent partout dans la vieille ville : coquilles Saint-Jacques gravees sur les facades, auberges affichant des tampons de credential, marcheurs sac au dos qui prennent un dernier cafe avant de s’elancer vers le sud. Je n’avais pas prevu de marcher moi-meme, mais j’ai suivi les premiers kilometres du sentier balise un apres-midi, jusqu’a un point de vue sur la ville qui m’a fait comprendre pourquoi tant de gens choisissent ce depart precis pour se lancer dans un si long projet.

Un pelerin croise sur ce court tronçon m’a dit qu’il repartait chaque annee du Puy pour quelques jours seulement, juste pour retrouver la sensation du premier depart. Cette phrase m’est restee.

La cathedrale elle-meme merite qu’on s’y attarde, avec son cloitre roman aux arcs polychromes en pierre volcaniques noires et blanches, tres different des cloitres que j’avais pu visiter ailleurs en France. L’escalier qui mene a l’entree principale traverse la ville comme une colonne vertebrale, et le monter lentement, en s’arretant regarder les commerces de dentelle qui bordent la rue, fait deja partie de la visite.

La dentelle, artisanat vivant du Velay

Je ne connaissais rien a la dentelle au fuseau avant ce week-end, et j’ai ete surpris de decouvrir qu’elle reste un artisanat pratique dans la region, pas seulement un souvenir folklorique fige. Plusieurs ateliers du centre-ville accueillent les visiteurs et laissent observer des dentellieres au travail, les fuseaux s’entrechoquant avec un bruit sec et regulier. J’ai passe une demi-heure a regarder une artisane travailler sans presque parler, et cette lenteur du geste contrastait agreablement avec le rythme d’un week-end de visite classique.

  • Monter a la chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe tot le matin pour eviter l’affluence
  • Reserver du temps pour le cloitre roman de la cathedrale, souvent moins visite que la nef
  • Suivre les premiers kilometres du chemin de Compostelle pour la vue sur la ville
  • S’arreter dans un atelier de dentelle du centre historique

La lentille verte et les tables locales

Le plateau du Velay produit une lentille verte reconnue, et je l’ai retrouvee sur presque toutes les cartes des restaurants du centre, servie tiede en salade ou en accompagnement d’un plat de viande. J’ai mange dans une petite adresse pres de la place du Plot, en terrasse, en regardant la vie de la place se derouler tranquillement, marches du samedi, familles qui rentrent des courses, groupes de marcheurs qui comparent leurs prochaines etapes.

Le marche du samedi et les couleurs du plateau

Le samedi matin, la place du Plot et les rues avoisinantes se remplissent d’un marche qui melange producteurs locaux et brocanteurs occasionnels, et j’ai mis presque une heure a parcourir les quelques centaines de metres qui separent l’office de tourisme de la cathedrale, arrete a chaque etal par une odeur de fromage frais ou par une pile de verrines de confiture artisanale. Une productrice installee depuis toujours au meme emplacement m’a explique que la lentille verte du Puy pousse sur un sol volcanique qui lui donne, selon elle, une peau plus fine et une cuisson plus rapide que les autres varietes cultivees ailleurs en France. Je n’avais aucun moyen de verifier l’affirmation, mais la degustation improvisee, debout entre deux etals, a suffi a me convaincre d’en acheter un sac pour la route.

En remontant vers le centre historique, j’ai traverse plusieurs ruelles bordees de maisons a colombages et de facades en pierre volcanique sombre, un materiau qui donne a la ville entiere une teinte grise particuliere, presque austere sous un ciel couvert mais chaleureuse des que le soleil revient. C’est aussi dans ces ruelles que se cachent la plupart des ateliers de dentelle, souvent signales par une simple vitrine discrete plutot que par une enseigne tape a l’oeil.

Repartir avec une autre idee de l’Auvergne

Je pensais connaitre a peu pres l’Auvergne avant ce week-end, mais Le Puy-en-Velay m’a montre une facette plus verticale, plus minerale, ou l’histoire religieuse, le paysage volcanique et l’artisanat se melangent sans effort apparent. En reprenant la route le dimanche soir, j’ai garde en tete l’image de la statue rouge veillant sur la ville depuis son rocher, et l’envie assez nette d’y revenir, cette fois avec de vraies chaussures de marche.

J’ai aussi retenu, sans trop savoir pourquoi, le detail de ces coquilles Saint-Jacques gravees ou peintes sur presque chaque porte du centre historique, comme une signature discrete rappelant que la ville n’a jamais cesse d’accueillir des marcheurs, meme longtemps apres l’age d’or des pelerinages medievaux. Ce petit signe recurrent, plus que les monuments eux-memes, m’a donne la sensation d’avoir traverse une ville qui continue d’assumer son role de point de depart, saison apres saison, sans jamais vraiment s’en vanter.

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